La création de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) constitue assurément un fait remarquable dans les relations internationales. Créée par un accord du 21 mars 2018, cette entreprise est entrée dans sa phase opérationnelle le 1er janvier 2021, et la rapidité avec laquelle le traité a été ratifié (54 ratifications en 2022, l’Erythrée étant le seul État à ne s’être pas joint au processus) témoigne sans doute de l’enthousiasme que ce projet suscite. Les enjeux sont en effet immenses : relative à un marché de près d’un milliard d’êtres humains, étendant ses tentacules sur tout un continent, la ZLECAF devrait induire une stimulation du commerce intra-africain - ce talon d’Achille du développement économique continental - de près de 53%.
L’accompagnement institutionnel de la suppression des barrières tarifaires et non-tarifaires, ainsi que la libéralisation du commerce des services - en quoi consiste, en substance, la ZLECAf - constitue une autre raison de s’intéresser à ce processus-là. À la vérité, deux Protocoles au traité initial ont été conclus, portant d’une part sur la liberté de circulation des personnes, le droit de résidence et le droit d’établissement, adopté en 2018, et d’autre part, sur les investissements, officiellement intitulé : « Protocole sur les investissements à l’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine », et adopté en octobre 2022 à Libreville (Gabon).
La Société Africaine de Droit Communautaire (SADC), portée sur les fonts baptismaux il y a quelques mois, avait donc une vocation naturelle à organiser un colloque sur L’intégration africaine à l’heure de la ZLECAf. Un projet aussi systématique et ambitieux que celui de cette Zone de libre-échange, aux retombées économiques et sociales profondes, appelle en effet une réflexion de la part des juristes, le parti-pris échangiste étant aussi un pari sur le Droit, tant à travers la prolifération des normes qui s’imposent aux États que du point de vue de la mise en place de mécanismes de règlement des différends, mécanismes affinés et sophistiqués, certainement inspirés de ceux qui ont cours à l’OMC.
Le sujet du colloque reste toutefois centré sur l’articulation du projet de ZLECAf avec l’existant. Car si l’envergure du projet est, à bien des égards une nouveauté, le développement par l’intégration économique a été une option prise dès le lendemain des indépendances. La question est alors de savoir dans quelle mesure le projet de Zone de libre échange qui se déploie sous nos yeux reste compatible avec des options de principe adoptées depuis longtemps par les États, dans quelle mesure - pour le dire autrement -, le nouveau s’accommode de l’ancien.
La première problématique est celle de la compatibilité de la ZLECAf avec l’autre grand projet continental qui lui préexiste, qui est celle de la « Communauté économique africaine » instituée par le traité d’Abuja de 1991, et qui tend à la création d’un marché commun continental. La question n’est certes pas occultée car le traité de 2018 créant la ZLECAf énonce une compatibilité de principe des deux démarches, mais cette approche conciliatrice, purement théorique, pourrait bien laisser songeur ou dubitatif.
Un second sujet de questionnement se situe dans le rapport que la Zone de libre-échange entretient avec les intégrations subrégionales, incarnées par des Communautés Économiques Régionales (CER), qui sont au nombre de huit (08). Là également, la triade de traités adoptée pour la mise en œuvre de la Zone de libre-échange pose le principe d’une sorte de continuité et de cohérence entre les deux niveaux d’intégration, gommant pour ainsi dire les aspérités entre la ZLECAf et les CER. Le questionnement se justifie davantage dans la mesure où il débouche sur certaines inquiétudes à l’aune du phénomène de rationalisation des CER, encouragée par l’Union Africaine. À titre d’illustration, il existe le projet de rationalisation de la CEMAC et de la CEEAC en une seule Communauté dont les travaux de la 6e Réunion du Comité de pilotage dédié se sont déroulés à Yaoundé les 06 et 07 juin 2024. Dans la même veine, depuis le 25 juillet 2024, l’accord créant une Zone de libre-échange tripartite (ZLET) entre le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA), la East African Community (EAC) et la Southern African Development Community (SADC) est entré en vigueur avec le dépôt de l’instrument de ratification de la République d’Angola. Il convient de souligner qu’il s’agit d’une mise ensemble de 29 États membres, plus de la moitié de ceux composant le continent africain.
Il s’agit toutefois d’aller plus loin que les proclamations de principe apaisantes et d’envisager, concrètement et objectivement, la portée du projet de Zone de libre-échange africain, les bouleversements qu’un tel projet implique, ou encore les questions qui gravitent autour de l’articulation entre la ZLECAf et le projet de marché commun africain d’une part, et entre la Zone de libre-échange et les intégrations sous-régionales incarnées par les « Communautés économiques régionales » d’autre part.
La perspective du colloque est donc délibérément « problématisante ». Il s’agit de susciter une réflexion critique devant les mutations qui s’annoncent, de s’interroger sur les évolutions portées par la conjoncture actuelle et, éventuellement, de proposer des pistes pour éviter les écueils qui pourraient naître de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange.
Les participants au colloque seront donc principalement des juristes - éventuellement, des politistes spécialisés dans l’étude des relations internationales - qui s’intéressent au Droit international en général et au Droit de l’intégration régionale en particulier. Il n’est pas exclu, sur un sujet comme celui-là, que le colloque puisse s’ouvrir à la perspective proprement économique, et entendre au moins un spécialiste de cette matière, tant il est vrai que des dynamiques en relevant peuvent déterminer les choix institutionnels que font les États.
Ce colloque permet de s’interroger :
Le colloque se déroulera, en format distanciel, les 12 et 13 décembre 2025Il réunira dix-neuf (19) intervenants.
Les actes du colloque feront l’objet d’une publication dans le premier semestre de l’année 2026, par le biais des Presses de l’Université Toulouse Capitole.Les actes du premier colloque ayant été publiés en 2024 par la maison d’édition, L’Harmattan Sénégal, l’ouvrage s’intitule : L’état du droit communautaire en Afrique (https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/l-etat-du-droit-communautaire-en-afrique/78256ps://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/l-etat-du-droit-communautaire-en- afrique/78256?srsltid=AfmBOorfTUWQcn2gv8iuwZharrmcR7gzx8dukstpEbyBCc8cgCOL 0RJv).
12 Décembre 2025
HEURE (GMT+0) | INTERVENTIONS | PANÉLISTES | |
|---|---|---|---|
PREMIER PANEL / « L’APPROPRIATION DE LA ZLECAf » | |||
09:00 | OUVERTURE DE LA SALLE VIRTUELLE DU COLLOQUE | ||
09:15 | MOT DE BIENVENUE DU PRÉSIDENT DE LA SADC | Dr. Eugène NKILI | |
09:30 | ALLOCUTION DU RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ NUMÉRIQUE CHEIKH HAMIDOU KANE | Pr. Samuel OUYA | |
09: 45 | RAPPORT INTRODUCTIF DU DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DU COLLOQUE | Pr. Alioune SALL | |
10:00 | LEÇON INAUGURALE : « L’insoluble problème du choix des modèles juridiques au sein de la ZLECAf » | Pr. Ali KAIROUANI
Professeur à l'Université Mohammed V de Rabat, Arbitre au sein de l’Organe de règlement des différends de la ZLECAf et du Centre d’arbitrage international de Maurice, Membre depuis 2024 de la Task Force chargée de la révision de l’accord relatif à la ZLECAf. | |
« L’APPROPRIATION DE LA ZLECAf » | |||
10:30 | « Les incidences fiscales du projet ZLECAf : cas du Cameroun et du Sénégal » | Dr. YAOUBA HAMADOU AMADOU (Cameroun)
Enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, Université de Garoua. | |
10:51 | « Éléments théoriques et juridiques d’appropriation d’un libre-échange ‘différencié’
et ‘solidaire’ à la lumière de la ZLECAf » | Mr. Benjamin ALLAHAMNE MINDA (TChad)
Doctorant en Droit international à l’Université Jean-Moulin Lyon 3. | |
11:22 | « Les enjeux juridiques et institutionnels de la mise en œuvre de la ZLECAf :
entre volonté politique et réalités nationales » | Pr. CHERKAOUI SEMMOUNI Khalid (Moroc)
Professeur de droit à l’Université Mohammed V de Rabat, Directeur du Centre de Rabat pour les Études Politiques et Stratégiques | |
11:43 | « Gouvernance hybride et effectivité de la ZLECAf en Afrique subsaharienne » | Pr. Léonard MATALA-TALA (France)
MCF HDR de droit public, Université de Lorraine/IRENEE/ France | |
12:14 – 12:44 | Discussion | ||
12:45 – 13: 45 | Pause | ||
DEUXIEME PANEL /« LA ZLECAf ET LES CER : DUEL OU DUO ? » | |||
13:46 | « La ZLECAf : entre fragmentation et recomposition de l’intégration régionale en Afrique » | Pr. Robert YOUGBARÉ (Burkina Faso)
Maître de Conférences Agrégé, Université Norbert ZONGO | |
14:07 | « L’incidence de la ZLECAf sur le financement des CER d’Afrique centrale et occidentale » | Dr. Nicanore Uriel EBANGA (Cameroun)
Docteur en Droit public, Université de Ngaoundéré. | |
14:28 | « The limits of legal coherence: normative fragmentation and institutional overlap in Africa’s
integration project » | Esq. ENYINNAYA UWADI (Nigeria)
Avocat au Barreau du Nigéria, Doctorant en droit de la concurrence à l’Université d’East Anglia à Norwich, | |
14:49 | « Harmonizing Regional Economic Communities with the AfCFTA: legal and political challenges
for an integrated Africa » | Mr. Rafa OTHMANI (Tunisia)
Diplômé en science politique, Université Centrale de Tunisie | |
15:10 | « La ZLECAf : opportunité transformatrice ou redondance institutionnelle dans l’intégration
africaine ? » | Dr. Ilo Allaye DIALL (Mali)
Enseignant-chercheur à la Faculté de Droit Public de l’Université Kouroukanfouga de Bamako. ——————————————– Dr. Mamadou SAMB (Sénegal) Enseignant chercheur à l’Université Numérique Cheikh Hamidou KANE. | |
15:31 – 16:01 | Discussion | ||
16:05 | Fin de la Première Journée du Colloque | ||
13 Décembre 2025
HEURE (GMT+0) | INTERVENTIONS | PANÉLISTES | |
|---|---|---|---|
TROISIEME PANEL/ « LA ZLECAf ET LES DÉFIS DU LIBRE-ÉCHANGE » | |||
08:45 | OUVERTURE DE LA SALLE VIRTUELLE DU COLLOQUE | ||
09:00 | « Quelle(s) voies pour une voix de l’Union africaine à l’OMC ? Nécessité et éléments pour une
présence continentale à l’OMC » | Pr. Samuel PRISO-ESSAWE (Cameroun)
Professeur de Droit Public à Avignon Université. | |
09:21 | « Le déséquilibre structurel du droit commercial de la ZLECAf » | Dr. Karel Osiris Coffi DOGUE (Benin)
Enseignant-Chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Directeur Général ERSUMA-OHADA. Mr. Maurice MINVI (Benin) Doctorant en Droit, Université de Montréal, Elève-greffier, EFPJ-Bénin. | |
09: 42 | « La Zone de libre-échange continentale africaine à l’épreuve des barrières non tarifaires » | Dr. François ABENG MESSI (Cameroun)
Maître-Assistant à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, Université de Yaoundé II. | |
10:03 | “The limits of the AfCFTA dispute settlement body in the free movement of goods” | Mr. KENGUELEWA Seydoux Adnan (CAR)
Doctorant en Droit international à l’Université de Caen Normandie. | |
10:24 | « Le droit des investissements en Afrique subsaharienne à l’aune de la ZLECAf » | Dr. Arsène Chinois ELLA NTOU’OU (Cameroun)
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II, Vice-président de la Société Africaine de Droit Communautaire. | |
10:45 – 11:15 | Discussion | ||
11:16 – 12:19 | Pause | ||
QUATRIÉME PANEL/ « LA ZLECAf FACE AUX ENJEUX DU SIÈCLE » | |||
12:20 | « Le Protocole sur le commerce électronique de la ZLECAf comme instrument d’harmonisation
des législations nationales sur la protection des données à caractère personnel » | Dr. Mamoudou SAMASSEKOU (Mali)
Enseignant chercheur à la Faculté de Droit privé de l’Université KURUKANFUGA de Bamako Mr. Modibo KEITA (Mali) Expert en Politique Commerciale et droit du commerce International. | |
12:41 | « La ZLECAf et l’urgence écologique : entre marginalisation normative et levier d’intégration
écologique pour une Afrique plus verte » | Mr. Seydou DIARRA (Mali)
Auditeur de justice à l’Institut National de Formation Judiciaire Maître Demba Diallo de Bamako. | |
13:02 | « L’intégration de l’IA dans le cadre juridique de la ZLECAf : un levier stratégique pour établir
un véritable marché numérique et l’émergence d’une politique commune d’IA économique en
Afrique » | Esq. BALANGALIRE MUGURHA Léonard (RDC)
Doctorant en Droit de l’intégration à l’Université de Lubumbashi, Avocat au Barreau du Haut-Katanga. | |
13:23 | « L’‘africanisation’ du droit à un environnement sain à l’aune de la protection des communs
naturels dans le cadre de la ZLECAf » | Mrs Sanae BOUYAYACHEN (Moroc)
Doctorante en Droit international à l’Université Mohammed V de Rabat. Mrs Alyae EL BIED (Moroc) Master-recherche en Droit public et Science politique de l’Université Mohammed V de Rabat. | |
13:44 | « La ZLECAf et la transition énergétique face au paradoxe de la RDC » | Dr. Eugène NKILI (Cameroun)
Magistrat, Arbitre, Président de la Société Africaine de Droit Communautaire. | |
14:05 – 14:35 | Discussion | ||
14:40 – 15:00 | Rapport conclusif du colloque
Pr. Jean-François AKANDJI-KOMBÉ (CAR) CLÔTURE DU COLLOQUE / Pr. Alioune SALL (Senegal) | ||
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